KARINE LE OUAY

Les Roches Noires

« Je ne pouvais me confier par la parole. J’ai décidé d’écrire. C’est comme découvrir des vides, des trous en moi, et de trouver le courage de l’écrire. Ce qui m’intéresse c’est l’étude de la fêlure, des vides impossibles à combler.» Marguerite Duras

Me voici à la mer.

Arpentant cette cité balnéaire et scrutant l’infini de l’horizon comme si je pouvais y trouver des réponses, aller chercher dans ta mémoire condamnée par la substance noire, cette partie du cerveau d’où vient ta maladie. Je viens trouver tes souvenirs précieux, les images, les émotions de ton enfance, le courage de ta vie.

Les vagues viennent lécher mes pieds comme pour me narguer, en me renvoyant les odeurs et les sons de ces années passées ensemble de l’autre côté de l’Atlantique et cette liberté farouche que tu m’as transmise avec force, dont tu es violemment privé désormais.

Sans doute est ce cela que je suis venue chercher ici.

Une envie de liberté, de continuer à avancer et transmettre le bonheur de vivre malgré les cicatrices du passé.

Jamais nous ne pourrons échanger sur cette période trouble de ta jeunesse,  l’occupation pendant la guerre puis le retour des camps de ton père, tu le portes encore en toi, dans cette mémoire interdite.

Je sais que le chemin que tu m’as invité à suivre sur cette carte, d’une main tremblante mais affirmée, malgré l’absence de mots, me permettrait, en allant sur les traces de ton passage, de ton village d’enfance aux Roches Noires sur les plages de Normandie, de comprendre la force du lien qui nous unit.

Série bercée par le son de l’intermezzo opus 118 n°2 de Brahms